Depuis ce 4 juin, les ordinateurs du Parlement européen ne lancent plus leurs recherches sur Google mais sur Qwant. Le moteur français devient le choix par défaut dans les navigateurs Firefox et Edge de l'institution, pour quelque 720 eurodéputés et des milliers d'agents. Un vrai geste en faveur de la souveraineté numérique, même si Qwant pèse encore moins de 1 % du marché.
Google débranché sur les postes internes
Le basculement s'applique automatiquement sur les Firefox et Edge utilisés au sein du Parlement, dès qu'une recherche part de la barre d'adresse. Personne n'est forcé pour autant, chaque agent reste libre de remettre Google ou un autre moteur s'il le préfère. Le choix de Qwant tient à son positionnement, celui d'un moteur qui ne piste pas ses utilisateurs à des fins publicitaires et ne conserve pas leurs données de recherche. La décision tombe au moment où la Commission européenne dévoile son paquet baptisé souveraineté technologique, censé réduire la dépendance du continent vis-à-vis des géants américains et asiatiques. Difficile de voir là une coïncidence de calendrier.
D'une simple surcouche de Bing à un index maison
C'est le point que la communication de Qwant met moins en avant. Pendant des années, le moteur s'est surtout appuyé sur l'index de Microsoft Bing pour fournir ses résultats, au point d'être parfois décrit comme une simple surcouche du moteur américain. La donne change depuis fin 2024 et la création de la coentreprise European Search Perspective, montée avec l'allemand Ecosia pour bâtir un index de recherche européen indépendant. Qwant assure désormais fournir plus de la moitié de ses résultats via cet index interne. Le moteur appartient depuis 2023 au groupe Synfonium d'Octave Klaba, le fondateur d'OVH, qui pousse cette stratégie d'autonomie technologique.
Un symbole fort, une part de marché minuscule
Reste à remettre l'événement à sa juste échelle. En France, Qwant tourne autour de 0,92 % de parts de marché, derrière Ecosia et ses 1,29 %, quand Google trône toujours au-dessus de 90 %. Le contrat ne concerne par ailleurs que les machines internes d'une institution, pas le grand public qui continuera massivement à taper ses requêtes sur Google. La portée est donc avant tout politique et symbolique, ce qui ne lui retire rien.
On en dit quoi ?
Sur le principe, voir une institution européenne montrer l'exemple plutôt que de réclamer de la souveraineté sans jamais l'appliquer, ça change agréablement. Qwant gagne une vitrine de prestige et un argument commercial solide pour aller démarcher d'autres administrations. Maintenant, on évitera l'emballement, parce qu'un moteur à moins de 1 % du marché qui équipe quelques milliers de postes ne fait pas trembler Google, et le vrai juge de paix restera la qualité de l'index européen face à la machine de Mountain View. Sur iPhone aussi, rien ne vous empêche de mettre Qwant par défaut dans Safari, si le cœur vous en dit.